Christophe Ono-dit-Biot : "Il y a bien des leçons à prendre pour notre époque"

Christophe Ono-dit-Biot nous donne rendez-vous à la librairie La Galerne le 18 janvier à 16 h 30 pour échanger sur son dernier ouvrage La Minute antique.

Vous intervenez dans le cadre du festival littéraire Le Goût des Autres 2020 avec La Minute antique. Que diriez-vous au public afin de partager votre passion pour les lettres classiques ? D’où vous est venue cette passion ?

Christophe Ono-dit-Biot : Elle est née ici, au Havre, grâce à mes lectures de la mythologie, enfant, et la chance que j’ai eue de pouvoir rencontrer des professeurs qui m’ont initié au mystérieux alphabet grec, à la grammaire latine, me permettant de plonger dans un univers à la fois proche et étranger et incroyablement sensuel, libre, qui fait qu’on voit ensuite le monde différemment, avec un recul et un esprit critique salutaires. C’est ce qu’apprennent ces langues : la distance critique, la fin des préjugés, l’ouverture d’esprit, je crois. Et c’est ce dont je parlerai au Havre, de façon très concrète, en prenant des éléments de l’actualité, l’écologie, #metoo, la place des femmes, le regard qu’on portait sur les étrangers, la notion de travail et de loisir, la contestation politique, la grève aussi, afin de montrer comment ces notions ont été pensées par ces « anciens » qui sont parfois très drôles et riches d’enseignements pour aujourd’hui ! Il y a là bien des leçons à prendre pour notre époque, je crois, et je raconterai aussi des pages d’histoire et des légendes très romanesques, et fécondes, vous verrez !

 

Le festival Le Goût des Autres crée des aventures culturelles qui naissent des rencontres entre public et artistes. Comment vivez-vous ce temps de la scène, avec une proximité immédiate avec le public ?

C.ODB. : Très bien ! J’aime beaucoup car cela tranche agréablement avec la solitude de l’écriture, et cela tient chaud de rencontrer le public. Cela permet aussi de renouer avec la tradition orale de la littérature, et le temps des aèdes qui transmettaient les histoires en public, oralement, une dimension « partageuse » de l’écriture.  En ces temps d’enfermement sur soi, de méfiance, il est vital de renouer avec cette tradition d’échange. Un écrivain, c’est aussi une voix, un corps, des gamineries, du tragique, et en public, ces aspects-là prennent toute leur ampleur, et tout leur sens. Il est bon que la littérature s’incarne, que l’on sente que le verbe est aussi chair. C’est un autre contact avec la littérature que promet la « scène », plus spectaculaire, mais qui s’allie bien avec l’autre, plus recueilli, plus solitaire, et qui est l’indispensable pratique de la lecture : entrer dans un texte seul, et en sortir modifié à jamais.

 

Cette année, le festival se conjugue sur le mode de la gourmandise. Quelles sont les œuvres qui vous mettent l’eau à la bouche ?

C.ODB. : Un livre, généralement, me met toujours l’eau à la bouche. Entrer dans un texte est une expérience aussi intellectuelle que physique, faite d’attente, d’angoisse, de colère, de plaisir, et de bouleversements à venir. Découvrir la voix singulière d’un premier roman, lire le nouveau texte d’un auteur admiré, relire un classique comme l’Enéide ou Don Quichotte… Tout est bon pour stimuler ma gourmandise, sans jamais l’apaiser. Donc je continue à lire, à lire, à lire…

 

Vous êtes Havrais d’origine et avez déjà participé au festival. Comment vivez-vous le fait de revenir sur « vos terres » ?

C.ODB. : J’aime beaucoup revenir dans ces terres où mon désir de devenir écrivain a éclos. C’est émouvant, bouleversant, même. J’ai tellement rêvé, ici, en regardant la mer depuis les falaises d’Octeville à ce que se lèvent « les orages désirés », comme disait l’autre. Tellement rêvé des écrivains que je lisais, normands, parfois, comme Maupassant, Flaubert, mais aussi Mirbeau, Lorrain, ou Barbey d’Aurevilly, mais pas seulement, en souhaitant qu’ils me donnent la force… Je n’ai pas oublié. Et quand je reviens au Havre, j’y repense plus fortement qu’ailleurs. Je me confronte à celui que j’étais. Je vérifie que je n’ai pas trop changé.

 

La ville du Havre vous inspire-t-elle ?

C.ODB. : Oui. Elle a tout pour cela, aussi belle qu’hostile parfois, aussi grise que lumineuse, aussi au bout du monde que connectée à lui… Il y a l’horizon et les jeux chromatiques incroyables du ciel qui ont tant inspiré peintres et écrivains. La silhouette des tankers qui glissent comme des baleines d’acier, la « skyline » très Manhattan-sur-mer, mais je l’ai déjà dit... Je n’ai jamais consacré un roman entier au Havre, mais la ville est présente dans tous mes textes. J’aime ce nom « Le Havre ». « Sainte-Adresse »… Il ne faut pas oublier que c’est la ville de mon enfance : mon imaginaire m’y renvoie, j’y suis lié jusqu’à ma mort.

 

Quel serait votre plus ancien souvenir lié au Havre et à la littérature ?

C.ODB. : Avoir appris le mot « fossile », par mon père. Et « bibliothèque », par ma mère. Pour moi les deux mots sont liés à jamais. Tous deux sont riches d’histoires, contiennent le roman de l’humanité.

 

Quelles belles lectures peut-on vous souhaiter pour 2020 ?

C.ODB. : De nombreuses, j’espère ! Ouvrir est livre est toujours un moment unique où l’on n’entre pas seulement dans une histoire, mais dans l’esprit de celui qui l’a écrite. Janvier amène son lot de nouveautés, et j’espère qu’elles seront électriques, surprenantes. Cette année, je vais aussi relire « Moby Dick ». Et peut-être que je débuterai cette relecture au Havre, tiens, en regardant la mer et l’horizon ! C’est un lieu idéal, qu’en pensez-vous ?

 

Quels beaux moments d’écriture également ? Avez-vous un ouvrage en préparation ?

C.ODB. : Oui, après ma « Nuit espagnole » avec l’un des derniers artistes libres d’aujourd’hui, Adel Abdessemed, à la suite de notre enferment au musée Picasso le temps d’une nuit intense pour la collection « Ma nuit au musée », et « La minute antique », où je propose des petits voyages dans la Grèce et la Rome antiques à partir de l’actualité d’aujourd’hui, de #Metoo à l’écologie, je m’attelle à mon nouveau roman.

 

Entretien initialement publié par le portail www.lehavre.fr

Image : © Kanh Renaud

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Dimanche 26Janvier 2020

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